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Universitarisation et professionalisation

Article créé le 6 novembre 2012 | Hélène Bergeau d'après Kinescope N°6

Les formations à l'université et en écoles paramédicales appartiennent à l'enseignement supérieur. Les différentes formations de l'enseignement supérieur s'appuient sur le même principe : le niveau de connaissances générales et le niveau de maîtrise de la langue française écrite et orale sont suffisants pour permettre la construction de nouveaux savoirs et savoir-faire. Le comportement est supposé propice à l'apprentissage.

 

Universitarisation ou professionnalisation : une réelle opposition ?

 

La vocation de l'université est de délivrer une formation disciplinaire. Ses objectifs principaux sont la transmission de savoirs et leur développement par la recherche. La performance de l'étudiant est évaluée par niveaux de connaissance de contenus bien identifiés. L'élaboration curriculaire de l'enseignement organisée autour d'unités d'enseignement à valider construit le parcours de l'étudiant. La formation est ainsi organisée autour de la délivrance de savoirs et de l'évaluation du niveau de maîtrise de ces savoirs. Un dispositif de contrôle continu vient compléter les épreuves écrites anonymes. La validation finale est soumise à l'arbitrage d'un jury.

La vocation des écoles de formations paramédicales est de délivrer une formation professionnelle. L'objectif est la construction de compétences professionnelles qui assurent l'opérationnalité de la personne ainsi formée, dans le champ professionnel autorisé. La délivrance du diplôme d'Etat certifie l'acquisition de ces compétences professionnelles. L'évaluation finale portait sur le niveau de maîtrise des savoir-faire propres à la profession lors d'une démonstration pratique au cours d'épreuves de mise en situation professionnelle. Le niveau de maîtrise était supposé refléter les compétences mises en oeuvre lors de la réalisation. La validation finale relève d'un jugement de valeur par des pairs. Au premier abord, ces deux modes de formation sont différents dans leur finalité et leur mode d'évaluation.Pour autant, des synergies fortes existent. Elles méritent d'être réfléchies pour l'avenir de notre profession.

Alors, Universitarisation ou Professionnalisation" ?

Quelles compétences professionnelles ne s'appuient pas à l'heure actuelle sur des savoirs disciplinaires complexes et élaborés ? L'opposition entre contenus et compétences, entre savoirs et savoirs-faire est fausse. Le concept de compétence rend caduque la distinction stricte entre savoirs et savoirs-faire.
L'action reflète la compétence. G. Le Boterf distingue deux grandes catégories de pratiques professionnelles : les pratiques professionnelles d'exécution (mise en oeuvre de procédures mémorisées, pratiques routinières...), et les pratiques professionnelles de résolution de problèmes (Le Boterf, 1994). Dans les deux situations, la performance résulte toujours dans un même temps, de l'analyse des buts à atteindre, du paramétrage de la situation rencontrée, voire à adapter, de l'activation de stratégies de mise en oeuvre, enfin de la mobilisation de savoirs. Ce qui relève pour certains de la résolution de problèmes peut être une simple pratique d'exécution. La construction d'une réponse adaptée nécessite la mobilisation de l'ensemble des ressources, savoirs, savoirs-faire et savoirs-être. L'ensemble des opérations mentales, conscientes ou non, nécessaire à la réalisation d'une intervention professionnelle adaptée, active un réseau de connaissances et de croyances apprises en cours de formation et acquises par l'expérience.

Ainsi, où mieux qu'à l'université trouverons-nous une partie des savoirs dont nos étudiants ont besoin ? L'université garantit la qualité des contenus dans les disciplines enseignées. Sa vocation à la compilation et au développement des savoirs par la recherche certifie cette qualité. Dans la perspective d'une refonte des programmes de formation, il appartient à la profession de redéfinir les contenus disciplinaires nécessaires à son évolution : sciences médicales mais également neurosciences et sciences cognitives... enfin et surtout enseignement méthodologique.

Ce que l'université ne garantit pas, c'est le niveau de maîtrise dans les applications des savoirs. De même elle n'a pas vocation à modifier le comportement de l'étudiant. Il revient aux instituts de formation professionnelle, aux directions et équipes de formateurs de mettre en oeuvre la démarche et les outils de professionnalisation. Outils d'accompagnement, outils et critères d'évaluation doivent entretenir un lien fort avec les pratiques professionnelles. Direction et formateurs doivent mettre en place les stratégies et les outils qui permettent à l'étudiant de construire ses chemins cliniques et ses stratégies de réalisation, en réponse aux différents problèmes de santé rencontrés. C'est un effort de didactique qui s'impose à nous. Ce devoir de professionnalisation nous revient et n'exclut en rien le partenariat avec le monde universitaire.

À l'université la personne en formation est depuis toujours appelée étudiant. Ceci est en cohérence avec l'objectif de l'université, l'étude des savoirs. Dans nos formations professionnelles, l'usage veut que la personne formée soit souvent et encore dénommée "élève". L'élève appartient à l'enseignement primaire et secondaire, l'apprenti en est l'équivalent dans le cadre d'une formation professionnelle. Eliminons définitivement "élève". Notre formation appartient sans ambiguïté aux
formations de l'enseignement supérieur. Aussi, entre mondes universitaire et professionnel, faisons en sorte que l'étudiant soit un apprenant, c'est-à-dire un acteur
permanent et continu de sa formation et de ses apprentissages, en lui apportant un cadre et des contenus repensés et réactualisés.

 

 

Retrouver cet article dans notre revue Kinescope n°6

 

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