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Renouvellement des personnels, quel impact sur les modes de collaboration ?

Intervention de E.Sulzer, Sociologue, CEREQ (13) / JNKS 2015

 

RENOUVELLEMENT DES PERSONNELS : QUEL IMPACT SUR LES MODES DE COLLABORATION ? LES APPORTS D’UNE SOCIOLOGIE EMPIRIQUE A TRAVERS L’EXEMPLE D’UNE USINE AUTOMOBILE

On sait depuis longtemps qu’il existe un écart entre travail prescrit et travail réel, et de la même manière qu’il existe une différence entre qualification et compétence. Cela impose l’idée que les personnels (soignants ou autres) ne sont jamais renouvelés, lorsqu’ils le sont, parfaitement à l’identique, à la fois pour les raisons déjà évoquées et aussi parce que qualification et compétences sont des construits, non stables dans le temps. Dans le cas qui nous occupe ici, la formation initiale est modifiée ; c’est loin d’être un cas isolé, c’est même plutôt le cas général avec l’accroissement du niveau scolaire en France, qui fait que pour un poste donné ceux qui l’occupent seront de plus en plus instruits et donc vont tendre à occuper le poste d’une manière différente, ce qui à moyen terme amènera à une transformation du poste lui-même.

Cela implique aussi que, à chaque renouvellement de personnel, il est nécessaire que se produisent des micro-phénomènes d’intégration et d’acculturation entre le nouvel arrivant et le collectif de travail.

 

Eux et nous : devenir membre du collectif de travail

« La plupart des groupes sociaux doivent l’essentiel de leur cohésion à leur pouvoir d’exclusion, c’est-à-dire au sentiment de différence attaché à ceux qui ne sont pas « nous ». » (Richard Hoggart)

« Eux » est un groupe assez abstrait, voire occulte s’il est doté de pouvoirs… Cf PSA : le groupe de pairs tient une fonction de réassurance face à l' inconnu de l'organisation.

En contrepoint, on définit des groupes d'identification négative : "ceux qui n'en sont pas", parce qu'on ne les connaît pas ou parce que ce que l'on en connaît n'est pas valorisant

 

Genre et style : travailler dans un collectif constitué

Toute appartenance de classe ou de groupe, de catégorie, de profession,  impose un certain conformisme, donc des comportements attendus, sans que cela signifie une normalisation des comportements notamment professionnels (différence entre « genre » et « style » chez Clot) : le genre du métier se définit comme « le travail d’organisation pris en charge par les collectifs ». En d’autres termes « il existe, entre l’organisation du travail et le sujet lui-même, un travail de réorganisation de la tâche par les collectifs professionnels, une recréation de l’organisation du travail par le travail d’organisation du collectif » ! Le genre professionnel occupe une position intermédiaire entre le travail prescrit et le travail réel. C’est un « corps d’évaluations partagées qui organisent l’activité personnelle de façon tacite » et qui sera donc a priori attendu chez le nouveau (soignant ou autre)… Il va « éviter d’errer tout seul devant toute l’étendue des bêtises possibles ».

Lorsque nous arrivons sur un lieu de travail, c’est comme si nous pénétrions sur une scène de théâtre où la représentation à déjà commencé : l’intrigue est nouée ; elle détermine le rôle que nous pouvons y jouer et le dénouement vers lequel nous pouvons nous diriger. Ceux qui étaient déjà en scène ont une idée de la pièce qui se joue, une idée suffisante pour rendre possible la négociation avec le nouvel arrivant.

L’enjeu n’est pas mince car comme le notait Y. Clot « Le travail d’organisation des collectifs eux-mêmes, ne serait-ce que par le temps qui lui est accordé, est loin d’être encouragé comme il faudrait eu égard aux exigences des tâches. Mieux il n’est pas rare qu’il soit découragé dans l’organisation officielle du travail sous l’effet des tyrannies variées du court terme ».