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Périscope, Redevenir auteurs pour garder la trace

Avec les journées ensoleillées, sur les parvis et sur les terrasses, dans les halls d’hôpitaux comme dans les salles de repos, la vie semble reprendre son cours.  Le rythme de crise s’efface au profit du quotidien. L’hôpital reprend avec prudence son activité « d’avant ».

Le temps est à la reconnaissance et aux distinctions par les pouvoirs publics. Ces « primes » et ces « médailles » valorisent-elle l’engagement des professionnels ?

« Nous avons fait notre travail »... et bien plus encore. Les gestes de reconnaissance devront s’accompagner des traces. Traces de ces « moments » où la force collective a été déployée. Traces de ces instants où « rien n’était plus comme avant ».Traces de cette expérience inédite qui pourraient permettre de penser les changements de demain dès aujourd’hui.

Dans cette période entre-deux - que l’on dit propice à la refondation - nous devons garder trace :

  • trace de la formidable mobilisation qui nous a animé durant la crise, à la fois dans l’intelligence collective face aux situations et à la fois dans l’expertise des soignants, et l’excellence in fine de l’hospitalisation française,
  • trace de l’intensité de rassemblement des acteurs,
  • mais aussi trace des difficultés de cohérences des actions et de la nécessité sans cesse de trouver des coordinations d’activité et des coopérations de personnes.

S’autoriser à témoigner, c’est aussi s’ « auteuriser » à penser son expérience, à donner une dimension clinique à son activité professionnelle, à mettre en mots sa pensée, pour expliquer plus et mieux comprendre. Garder trace c’est devenir auteur, c’est trouver le sens aux actions, c’est faire montre de l’inédit, c’est valoriser l’expérience individuelle et collective, c’est connaître, reconnaître et faire connaitre.

Alors professionnels de santé et patients, ensemble devenons et redevenons auteurs, pour témoigner pour que demain soit riche de nos forces d’hier.

Pierre-Henri HALLER, Président

Sandrine, cadre kinésithérapeute d’un SSR du sud de la France,  de nous faire part de son retour d’expérience au sujet de la mise en place et du fonctionnement d’une unité post-covid en SSR.

Au sein de notre établissement, le projet d’ouverture d’une unité post covid est né suite aux sollicitations de différentes structures voisines. Le but étant de proposer aux patients, issus de services covid+ ou de soins post réa, et ne pouvant regagner leur domicile dans l’immédiat, des prises en charge adaptées à leur besoin et notamment au déconditionnement à l’effort.

Afin de préparer la mise en place de cette activité quelques réunions ont permis de définir l’organisation du service, en terme de temps de travail, personnel dédié, matériel de rééducation et équipement de protection.

Deux mi-temps de kinésithérapie ont été retenus pour intervenir l’après-midi, et libérer le matin, qui était dédié à la réalisation des soins médicaux et infirmiers, dans le but de favoriser la coordination des soins.

Le recrutement de l’ensemble du personnel dédié à ce service a été réalisé sur la base du volontariat. Les postulants ont été bien plus nombreux que les postes à pourvoir…

Ainsi, le mardi 14 avril le service post-covid de notre établissement débutait son activité en accueillant ses 3 premiers patients.

Les entrées se sont succédées pour accueillir au total une trentaine de patients, avec une moyenne de patients présents comprise entre 10 et 13. Cette ouverture a permis de lever les interrogations en lien avec le profil des patients attendus.

Parmi l’ensemble de cette patientèle il existe une part importante de personnes en situation d’obésité, pour lesquelles les prises en charge ont pu être adaptées concernant les soins mais également le matériel (lit, lève malade, fauteuil roulant etc.). Nous n’avions pas suffisamment anticipé cet aspect. Toutefois, la réactivité de chacun a permis de réunir et de faire parvenir le matériel adéquat dans les plus brefs délais.

Les patients admis sont très différents en terme d’âge et de pathologie associée, mais présentent tous une fatigue importante qui les rend pour la plupart dépendants lors leurs auto-soins ainsi que pour les transferts.

Le déconditionnement à l’effort est majeur, et pour la grande majorité d’entre eux, ils sont porteurs d’un syndrome respiratoire restrictif important.

Les prises en charge de kinésithérapie s’établissent donc selon deux axes majeurs : le reconditionnement à l’effort et le travail respiratoire.

Concernant le premier axe, le kinésithérapeute accompagne le patient, selon son degré de dépendance, depuis l’aide au transfert, la reprise de la marche jusqu’au renforcement musculaire. Les séances courtes et répétées sont privilégiées, permettant de gérer au mieux la fatigue ainsi que la dyspnée du patient.

Concernant le second axe, il est proposé un travail de prise de conscience respiratoire et de mobilisation des volumes. Dans ce contexte, nous avons largement eu recours à des appareils de type Voldyne.

Au sein du service, du matériel de rééducation (motomed, cybex) a été installé pour répondre en partie aux besoins des patients déconditionnés. De plus, la priorisation des prises en charge se réalise de façon concertée au sein d’une équipe pluridisciplinaire, apportant de la souplesse dans l’organisation des soins et respectant d’avantage l’état de fatigue du patient. Les relations et échanges entre professionnels de santé sont largement favorisés par une équipe réduite et la concentration sur un même lieu de multiples compétences. Des retours très positifs sont verbalisés par l’ensemble des professionnels en lien avec la qualité et la facilité des échanges interdisciplinaires ; « l’ambiance de travail y est excellente ».

Cette expérience a également été l’occasion d’utiliser de nouveaux supports de communication encore peu développés dans nos prises en charge en SSR, notamment la visioconférence. Cette dernière était utilisée tous les jours à 14h pour les transmissions avec le médecin et l’ensemble des professionnels de santé. Ce mode de communication a également été utilisé pour des prises en charge plus spécifiques comme la neuropsychologue.

L’unité fonctionnait comme un « sas avant retour à domicile » ou réorientation vers une autre unité de soins pour intensification de la prise en charge en rééducation. En effet, les patients exprimaient largement un contexte « d’enfermement, psychologiquement mal vécu » avec lequel ils souhaitaient rompre au plus vite pour retrouver leur domicile ou un « service normal ».

La plupart des patients ont exprimé le souhait de rejoindre leur domicile dès que cela était envisageable d’un point de vue autonomie, soit environ une dizaine de jours. Les autres ont poursuivi leur rééducation le plus souvent dans le service de réadaptation cardiaque de notre établissement, dans lequel les équipements du plateau technique répondaient au projet du patient.

Ce service a clôturé son activité la dernière semaine de mai 2020.

 

 #SEGUR DE LA SANTE l’occasion de (re)valoriser l’ensemble des acteurs hospitaliers au rang desquels les kinésithérapeutes & de repenser la Réadaptation

 

Le Collège National de la Kinésithérapie Salariée, en marge d’autres composantes de la profession, attire l’attention des pouvoirs publics, des tutelles et des organisations représentatives des salariés, sur les 7 impératifs qu’il juge nécessaires et indispensables pour valoriser le métier de kinésithérapeute salarié, en termes de carrière et en termes d’utilité sociale et médico-économique.

Pour le CNKS la revalorisation du salaire de l’ensemble des hospitaliers et au sein de ceux-ci l’ensemble des soignants paramédicaux des Hôpitaux publics et privés est indispensable et incontournable pour maintenir la confiance …et l’était déjà avant la crise ! Un salaire d’embauche à 2.000€ nets serait la juste reconnaissance du niveau d’études et de qualification de ces professionnels.

Cependant cette juste revendication nécessaire pour conforter l’attractivité théorique de l’Hôpital, fleuron et fer de lance de l’excellence de notre système de santé malgré ses nombreuses insuffisances, ne se suffit pas pour être totalement efficiente.

Pour le CNKS la question de l’attractivité est aussi et surtout un sujet de fidélisation quelle que soit la Profession de santé, médicale ou paramédicale.

Dans ce cadre les travaux menés depuis 25 ans par le CNKS (et antérieurement par l’ANKS et le SNKS dont il est issu) dont entre autres mais notamment la monographie Kinésithérapeute métier sensible du Ministère de la Santé , nos propositions de chantiers - à mettre en oeuvre pour pérenniser et potentialiser une dynamique de Réadaptation d’excellence - sont résumés dans les 7 impératifs ci-après qui devraient s’inscrire dans les réflexions des pouvoirs publics, des fédérations patronales et des organisations représentatives des personnels :

1) rendre les études gratuites , par des dispositifs croisés de financement état-région-employeurs, pour éviter le tropisme libéral sous la seule raison du remboursement de frais d’études ;

2) d’attribuer le grade de master au DE obtenu en 5 ans d’études ;

3) revoir le déroulement de carrière c’est-à-dire la grille indiciaire et l’avancée d’échelons dans les grades et donc le salaire comme évoqué en liminaire ;

4) revoir aussi le plan de carrière c’est-à-dire prévoir la possibilité, parallèlement à la voie de l’encadrement, de la reconnaissance d’une nouvelle diversification de grades et fonctions : des fonctions de praticien chercheur, d’enseignant chercheur et des fonctions de pratiques avancées valorisant une expertise clinique acquise par un engagement de haut niveau dans des pratiques orientées et des parcours de formations complémentaires ;

5) revoir les conditions de travail du métier de kinésithérapeute hospitalier :

  • repenser et améliorer dans le cadre et à l’échelon de chaque hôpital une véritable démarche de l’accueil-accompagnement des étudiants et valoriser l’engagement des professionnels dans cette dynamique ;
  • instaurer des quotas de patients par kinésithérapeute en fonction des disciplines et unités fonctionnelles auxquelles leur activité est rattachée ;
  • instaurer pour le kinésithérapeute temps plein,
    • dans le temps de travail hebdomadaire et à raison d’un quintille temps, le droit et le devoir en fonction des domaines d’appétence et d’excellence du kinésithérapeute d’une participation à une activité connexe à l’activité principale soit en regard du domaine professionnel soit en regard de domaines transversaux institutionnels ( dans les deux cas formations cliniques comme dispensateur ou bénéficiaire, recherche, douleur, équipes mobiles et had, comités spécifiques, …. ;
    • hors et au-delà du temps de travail, mais dans la limite du temps de travail maximal autorisé, la possibilité sur la base du volontariat d’un exercice complémentaire libéral ou d’heures supplémentaires ;
  • recentrer l’activité principale des MKs sur leurs actes à haute technicité ajoutée et à forte valeur ajoutée par la création d’assistants en soins de rééducation issus d’aides-soignants (modèle assistant de soins en gérontologie) non concurrentiels de la profession par leur polyvalence auprès de l’ensemble des professionnels de rééducation ;
  • favoriser, à l’échelon de l’hôpital ou du GHT selon les effectifs, le soutien, la promotion et le développement d’un encadrement de la filière rééducation, garant d’une dynamique, d’une adaptabilité et d’une synergie au sein de l’ensemble des équipes hospitalières ;

 

6) valoriser l’interprofessionnalité comme levier de la qualité de vie au travail dès la formation initiale, dans la formation continue et tout au long de la vie professionnelle ;

7) repenser complètement en interprofessionnalité, et en lien avec les professionnels de santé libéraux l’organisation d’une filière coordonnée des Professions Alliées au service d’une nouvelle Stratégie Nationale de Réadaptation, de l’hôpital à la ville et vice versa, au coeur des territoires

Le CNKS, qui reste à l’écoute et disposition de toute partie prenante à la refondation du système qui souhaiterait dialoguer sur ces propositions, appelle de ses voeux une convergence et une cohérence d’action des pouvoirs publics, des fédérations patronales et des organisations syndicales représentatives des salariés ; une convergence en faveur des métiers salariés de la santé pour valoriser et reconnaitre l’engagement sans faille au service public de ses acteurs et garantir une pleine et entière démocratie sanitaire où à la juste attente des patients puisse répondre de façon pérenne l’expertise de haut niveau des professionnels du système de santé français.

 

PDF du communiqué