La lettre et l'esprit du kinésithérapeute salarié

Trombinoscope

 

A commencer par 2 cadres de rééducation .. ergothérapeute et podologue !

C’est Julia Prieur qui ouvre la série : J’ai découvert le Centre Hospitalier de Dieppe, et plus particulièrement le service de rééducation, pendant mes années d’études d’ergothérapeute lors d’un stage. La cohésion et la dynamique de groupe qu’il me semblait exister dans le service m’ont donné envie d’y travailler. C’est pourquoi, un fois mon diplôme obtenu en juin 2011, j’ai postulé pour le poste d’ergothérapeute au sein du service de rééducation du CH de Dieppe.

Dans notre service, il y avait un turn-over important, en particulier des kinésithérapeutes et des professeurs d’activités physiques adaptées, et au contraire une stabilité de l’équipe des ergothérapeutes. De ce fait, ma collègue ergothérapeute et moi-même, étions considérées comme des « personnes référentes » de notre service, connaissant son fonctionnement, son évolution..


A l’Hôpital, la complexité de l’organisation est liée à la présence d’une multitude de groupes sociaux : administratifs, médecins, paramédicaux, techniques.. De part sa position centrale, le cadre de santé doit apprendre à travailler avec des logiques différentes et s’adapter en permanence (un peu comme le rééducateur avec ses patients). Les services de rééducation ont une position transversale qui leur confère leur particularité. En effet, ces services et les métiers qui les composent sont souvent peu représentés dans les hôpitaux. Ils ne gèrent pas de lits, mais assurent des prestations dans tous les services de l’hôpital.Après 7 ans d’exercice et poussée par ma hiérarchie, j’ai réfléchi à une éventuelle évolution professionnelle : passer d'une fonction de soignant à une fonction d'encadrement. Cela fait maintenant plus d’un an et demi, que j’ai été nommée Faisant Fonction de Cadre de Santé du Service de Rééducation. Une période riche de travail, de rencontres, d’évolution, de réflexions et de prises de recul... Même si ce projet avait été réfléchi et travaillé auparavant, la prise de fonction a été un réel changement professionnel et personnel : la construction d’une nouvelle identité professionnelle dans une organisation hospitalière complexe.

Pour permettre aux rééducateurs d’assurer leurs soins de façon efficiente et organiser l’unité afin de répondre à toutes les prescriptions de rééducation, le cadre de rééducation doit créer des réseaux de communication et de coopération avec les services demandeurs. Il doit donc connaitre le milieu de la rééducation et le milieu hospitalier et savoir comment aborder les problématiques de rééducation.

L’équipe de rééducation du CH de Dieppe est par définition transversale et pluridisciplinaire mais également, multi-sites et multi-générationnelle. En effet, l’encadrement de rééducation regroupe plusieurs « entités » ; une équipe centralisée sur un plateau technique composée de kinésithérapeutes, d’ergothérapeutes, de professeurs d’activités physiques adaptées et d’aides-soignants ayant un rôle de brancardage et « d’aide kiné » ; une équipe d’ergothérapeutes en psychiatrie ; une équipe institutionnelle de diététiciennes ; une équipe de psychomotriciennes en pédo-psychiatrie sur un autre établissement dépendant du CH Dieppe ; une équipe de rééducateurs en gériatrie dans l’EHPAD du CH Dieppe également externalisé. Cela représente environ 30 personnes qui interviennent dans les différentes unités et dépendent de différents pôles.

Depuis 2011, j’ai pu observer une évolution positive de la rééducation au sein de notre établissement. Avec notamment un essor de l’ergothérapie dans tous les secteurs d’activités (rééducation fonctionnelle, psychiatrie, gériatrie) et également le développement du métier de professeur d’activités physiques adaptées.                          

Pour ce qui est de la kinésithérapie, depuis l’arrivée de médecins MPR (Médecine Physique et Réadaptation), il s’est installé une stabilité dans l’équipe avec la création du service spécialisé SSR Neuro-locomoteur et le développement d’un hôpital de jour (HDJ) associé.

Le groupement hospitalier de territoire GHT Caux Maritime, dont le CH Dieppe est établissement support, a permis de créer du lien entre les rééducateurs des différents sites parfois isolées dans de plus petits établissements (CHL ou EHPAD). Ainsi, nous échangeons sur nos pratiques, nous partageons des formations, nous participons ensemble à des projets et ainsi nous regroupons nos forces. J’espère pouvoir être encore témoin et même partie prenante du développement de la rééducation au sein de notre GHT, malgré cette période incertaine que nous vivons avec la crise sanitaire. Mon nouveau projet est d’intégrer l’encadrement du service de SSR Neuro-locomoteur avec la gestion du parcours patient, de l’équipe médicale (MPR) et para-médicale tout en gardant la coordination de l’équipe de rééducateurs et ainsi créer une synergie entre service demandeur et service prestataire.

 

et c’est Jennifer Come qui poursuit :

De pédicure-podologue libéral à cadre de santé en hôpital public !

Pédicure-podologue pendant douze ans, j’ai exercé en libéral dès l’obtention de mon diplôme d’Etat. Ce mode d’exercice s’est imposé à moi comme pour 98 % des pédicures-podologues (DRESS 2017). Une expérience rythmée, pleine de projets, qui parfois nous laisse peu de temps pour réaliser un accompagnement complet du patient et qui met souvent à l’épreuve l’équilibre vie professionnelle et personnelle. J’ai donc recherché un moyen d’accéder à une prise en charge globale grâce au travail en équipe pluridisciplinaire. Cette inter-professionnalité est, à mes yeux, indispensable pour atteindre une qualité des soins supérieure. L’hôpital répond parfaitement à cette demande, il regroupe des compétences de tous horizons. J’ai décidé d’entamer, fin 2016, ma reconversion en tant que cadre de santé afin d’ouvrir mes perspectives professionnelles.


Une reconversion loin d’être évidente, le parcours du cadre de santé étant relativement linéaire. Majoritairement infirmier de formation initiale, le futur cadre est issu d’un établissement de soins, il est promu en tant que « faisant fonction » de cadre dans un premier temps. Puis, s’il répond aux exigences de l’institution, il obtient le financement de sa formation après réussite au concours d’entrée. Le concours est ouvert à 14 professions paramédicales réparties en 3 filières : soins, médico-technique et rééducation. Selon votre formation initiale vous ne pourrez pas intégrer tous les IFCS. Il vous faudra trouver celui qui possède l’agrément correspondant à votre formation. Mais cela reste possible, le besoin en cadres de santé appuie un décloisonnement du métier d’origine. Les postes vacants en unités de soins seront de plus en plus pourvus par des cadres de filière médico-technique ou rééducateur.

Hospitalière dans un établissement public depuis 2 ans, je suis aujourd’hui cadre de santé d’une équipe transversale de rééducation composée de 40 agents, repartis en 6 métiers différents : masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, enseignants en activité physique adapté, ostéopathes, agents de balnéothérapie / brancardage. L’équipe intervient sur l’ensemble de l’établissement des services aigüs aux SSR, de la pédiatrie à la gériatrie. Je gère également la filière ambulatoire (HDJ et HAD) du service de médecine physique et réadaptation, ce qui permet un accès aux multiples modes de prise en charge. Cette organisation propose un vrai parcours de soins : le patient peut être suivi jusqu’à son retour à domicile. Je peux dès lors adapter les réponses rééducatives de façon précise à chaque besoin. Toutes ces missions m’offrent beaucoup d’opportunités en termes de développement de compétences.

Issue d’un métier non représenté au sein de l’équipe de rééducation, mais pourtant bien présent dans l’institution, j’ai intégré l’équipe avec un positionnement neutre, sans préférence particulière vers une spécialité. Je devais m’intéresser et découvrir chacun d’entre eux, en toute humilité. Cette nécessité était réciproque, car l’équipe n’avait qu’une idée assez vague des compétences du pédicure-podologue. Nous avons débuté cette expérience commune sur un pied d’égalité. Tous au même niveau, nos échanges sont multiples et riches grâce à l’approche spécifique de chaque métier. L’expérience humaine est aussi étonnante : de nombreux traits de caractère sont représentés, une hétérogénéité complémentaire et enrichissante. Nous ne sommes pas toujours d’accord mais la communication reste omniprésente. La transversalité oblige à développer des liens avec chacun des services afin de répondre précisément à leur besoin et de comprendre leur spécificité. Un lien étroit avec les autres cadres de l’établissement est nécessaire afin d’assurer des prises en charges de qualité et d’assurer l’épanouissement professionnel de l’équipe.

Les cadres de l’établissement, et plus particulièrement ceux de pôle auquel je suis rattachée, m’ont bien accueillie. Encore une fois, mon parcours atypique a suscité de nombreuses questions mais aucune réticence. Chaque interlocuteur avait envie de découvrir l’autre. Il arrive maintenant que des collègues répondent à ma place lors de conversations ; « non elle n’est pas infirmière, elle est pédicure-podologue ». Ce métier que j’ai dû défendre pour justifier ma place au sein du parcours de formation des cadres de santé est maintenant défendu par d’autres. Je suis avant tout cadre de santé, je participe aux gardes de week-end, j’ai intégré plusieurs groupes de travail institutionnel, je remplace mes collègues sur des services de soins. J’ai été redéployée sur le pôle gériatrique pendant la 1ere vague Covid 19 afin de gérer un SSR gériatrique, l’HAD polyvalente et les équipes mobiles douleurs et soins palliatifs internes et territoriales.

Le sujet de la reconnaissance du cadre hors filière m’a beaucoup questionné pendant toute ma formation cadre : quelle devait être ma légitimité ? Finalement, la formation initiale n’est qu’une caractéristique de notre personnalité de manager. Elle est aujourd’hui un atout. Ma connaissance du secteur libérale facilite les contacts et le partenariat avec la ville. J’anticipe les difficultés que les professionnels libéraux peuvent rencontrer en travaillant en lien avec l’hôpital. Je comprends les craintes des libéraux concernant l’organisation et les délais de mise en place d’un projet. J’ai embauché 3 MK qui ont choisi de cesser leur activité libérale afin d’intégrer le milieu hospitalier. J’ai dû me questionner sur chaque organisation, suivre les professionnels de mon équipe pendant la journée pour découvrir leurs besoins et difficultés. J’avoue ne pas avoir encore trouvé l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle mais je m’épanouis complètement dans ce nouveau métier de cadre de santé

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