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expérientiels au cœur du métier - enjeux médico-économiques -

Kinescope la lettre 5

Vous pouvez retrouver l’intégralité de la lettre mise en page avec les images en téléchargement ICI

 

Microscope, le télésoin une pratique en émergence.

La Covid19 a bouleversé l’exercice quotidien des professionnels de santé et le suivi de traitements de nombreux patients.

 

Kinéscope veut au travers de nouveaux témoignages ci-après mettre en exergue les volontés opiniâtres des rééducateurs salariés à maintenir le lien et à poursuivre le suivi des soins par la mise en place du télésoin.

 

Kinescope a sollicité Gilles KEMOUN, Professeur de Médecine Physique et de Réadaptation, Fondateur de Neuradom, Paris et Valérie GUAY, kinésithérapeute – cadre de santé de rééducation, CH de Versailles pour ouvrir ce dossier et c’est avec ce titre  « LA TELEREEDUCATION : EMERGENCE ET PERSPECTIVE D’UNE NOUVELLE PRATIQUE EN ETABLISSEMENTS DE SOINS » qu’ils nous font part de leurs expériences et de leur vision du développement de cette nouvelle pratique.

 

Suivront deux retours d’expériences du CH de Bayonne et du CHU de Nancy.

 

DES SOINS DE REEDUCATION DIFFICILES D’ACCES, QUI CONCERNENT PLUS DE 8 MILLIONS DE PERSONNES EN FRANCE

Plus de 8 millions de français sont confrontés à un handicap qui nécessite une rééducation prolongée et 75% des plus de 65 ans souffrent d’une maladie chronique invalidante, avec un nombre de places au sein des structures de rééducation spécialisées insuffisantes et des ressources médicales et paramédicales spécialisées contraintes tant en établissement qu’en ville.

 

Si on prend l’exemple de l’AVC, le dernier rapport de la Cour des comptes sur le PLFSS 2018 estime que :

  • seuls 34 % des patients hospitalisés en soins aigus ont été orientés vers un soin de suite et de réadaptation, et pour une durée moyenne de quelques semaines,
  • seulement 65 % d’entre eux ont vu un généraliste dans un délai de 3 mois après un AVC et plus d’un tiers des AVC sont ré-hospitalisés dans les 6 mois.

 

LA TELEREEDUCATION POUR DEBLOQUER LA SITUATION ET DONNER ACCES A LA REEDUCATION A TOUS LES PATIENTS ?

A l’heure où les différents plans de santé promeuvent les parcours de soins coordonnés pour tous les patients, le déeloppement des soins à domicile et la transformation digitale vertueuse de notre système de santé, il apparait pertinent d’appliquer ses principes à l’univers de la rééducation.

 

Plusieurs pays anglo-saxons (Royaume uni, Danemark, Irlande) ont par exemple recommandé le retour précoce à domicile, dans le cadre de programmes du type Early Supported Discharge (ESD). Il s’agit de dispositifs de rééducation / réadaptation pratiqués à domicile permettant une sortie précoce de l’hôpital après 48 ou 72 heures.

 

La dernière revue Cochrane ayant évalué ces programmes a confirmé les résultats déjà observés : réduction du risque de décès, d’institutionnalisation, de dépendance, amélioration de la performance pour l’accomplissement d’activités élargies. Et ces dispositifs font partie des recommandations de l’HAS et du plan national AVC.

 

Par ailleurs, les concepts d’auto-rééducation et de télé-rééducation avec l’utilisation de solutions digitales d’exercices de rééducation et de suivi à domicile ont également démontré leur efficacité, avec une littérature scientifique qui s’est étoffée ces dernières années sur de nombreux domaines (orthopédie, neurologie, gériatrie,…) ;

 

plusieurs études récentes confirment que les patients qui les utilisent obtiennent d’aussi bons résultats qu’en centre de rééducation à la fois en termes d’amélioration de leur fonction motrice (Cramer 2019, Tchero 2018, Levy 2015), d’amélioration de leurs capacités à effectuer les activités de la vie quotidienne (Levy2015) et d’amélioration de leur qualité de vie globale (Peretti 2017, Tchero 2018).

 

C’est apparemment la volonté des pouvoirs publics d’opérer ces changements sur le rôle des acteurs et des patients qui devraient permettre d’obtenir une amélioration qualitative de l’état de santé des patients, une amélioration de la performance du système de santé, une évolution du rôle des SSR, en particulier les SSR polyvalents, en développant les équipes mobiles et l’hôpital de jour et enfin une évolution du rôle des professionnels de la rééducation en lien avec les autres acteurs de la filière et de la ville en s’appuyant sur des solutions digitales.Pour répondre aux besoins de rééducation identifiés aussi bien en phase aigüe et post aigue, il faut alors mettre au centre du dispositif le domicile du patient, utiliser de façon plus adaptée les ressources actuellement à disposition (en hospitalisation ou en ville), intégrer des solutions digitales et fournir une véritable coordination. Et au-delà de la situation inédite que nous avons connue ces derniers mois l’évolution de nos métiers rend l’appropriation de ces pratiques essentielles à nos yeux comme le soulignent B.Bonnechere et al :« dans le futur le clinicien sera amené à travailler de pair avec la technologie pour assurer un suivi du patient, ce qui permettra une adaptation continue du traitement aux besoins des patients. Tout le challenge consistera donc à trouver le bon équilibre entre utilisation et acceptation de la technologie et relation humaine centrée sur le patient. »

 

La télérééducation /téléréadaptation se définit par l’offre de services de rééducation/réadaptation fournis à distance à l’aide des nouvelles technologies de communication et d’information (Cottrell 2016, American Telemedicine Association 2016, Fraudet 2015, Kairy 2009) selon 2 modalités possibles :

  • le mode synchrone (en direct) au moyen de systèmes de vidéoconférence, plateforme de communication en ligne et autres données de dispositifs transmises par internet en temps réel ; C’est celui qui a été privilégié par les MK lors du confinement ;
  • le mode asynchrone (store and forward) où les données ne sont pas transmises en temps réel (ex. données cliniques, résultats de tests, images, données d’outils digitaux,…) mais consultées par le thérapeute quand il en a la possibilité.

 

A l’évidence, la télérééducation répond à la démarche rééducative et permet donc avec une combinaison des modes synchrones et assynchrones : une évaluation du patient, une coconstruction des objectifs et des techniques, le suivi du patient et son accompagnement. Dans certaines conditions une collaboration interdisciplinaire entre les différents professionnels de la santé est également possible et souhaitable. On notera que, en dehors des périodes particulières de confinement, il est pertinent d’associer dans le programme des journées d’HDJ en présentiel dans le service à des journées de téléréadaptation à domicile.

 

Quels sont les bénéfices pour les patients ?

  • Bénéficier de rééducation dans tous les cas, même si des mesures de distanciation s’imposent avec le thérapeute
  • Eviter la rupture dans son parcours de soin de rééducation et maintenir la continuité des soins post hospitalisation
  • Augmenter la quantité d’entrainement, d’autoexercices ayant un réel impact sur l’amélioration des capacités motrices
  • Permettre un temps dédié à la relation avec le MK

 

Les bénéfices pour les rééducateurs salariés ?

  • s’impliquer dans de nouvelles pratiques valorisantes et à fort impact de santé publique
  • participer à l’innovation en kinésithérapie
  • objectiver ses qualités d’éducateur en santé et d’expert du mouvement
  • prolonger son exercice hors les murs avec une sortie « virtuelle » du monde hospitalier

 

Les bénéfices pour l’institution ?

  • favoriser les liens ville/hôpital
  • avoir des pratiques adaptées au virage ambulatoire
  • améliorer l’efficience et la qualité des soins en en maitrisant les coûts
  • augmenter l’attractivité /fidélisation des professionnels de santé salariés par des pratiques innovantes et un exercice ouvert sur l’extérieur
  • améliorer les pratiques en HDJ et HAD de rééducation

 

De nombreuses initiatives des professionnels de rééducation en établissement ont vu le jour ces derniers mois pour permettre, à distance, aux patients confinés de continuer de travailler à domicile. Chacun a fait avec les moyens du bord et ces initiatives ont été encouragées par les pouvoirs publiques qui ont fait évoluer la réglementation comme jamais. Il convient donc de maintenir ce mouvement vertueux et riche, en s’appuyant sur les nouveaux outils et services digitaux, pour que notre secteur s’approprie ce nouveau modèle et l’intègre dans son éthique de pratique, au bénéfice de nos patients.

 

Références bibliographiques :

– Pertinence des parcours de rééducation/réadaptation après la phase initiale de l’AVC – NOTE DE PROBLÉMATIQUE. Haute Autorité de Santé – Mai 2019

– Influence des modalités de prises en charge de l’Accident vasculaire cérébral (AVC) sur la durée d’hospitalisation. .Questions d’économie de la santé. IRDES Juin 2019 n°242

– Efficacy of Home-Based Telerehabilitation vs In-Clinic Therapy for Adults After Stroke: A Randomized Clinical Trial. Cramer SC et al.  JAMA Neurol. 2019 Jun 24, 2019.1604. [Epub ahead of print]

– Effects of physical therapy delivery via home video telerehabilitation on functional and health-related quality of life outcomes. Levy et al. J Rehabil Res Dev. 2015;52(3):361-70

– Telerehabilitation for Stroke Survivors: Systematic Review and Meta-Analysis. Tchero H et al. J Med Internet Res 2018;20(10):e10867

– Telerehabilitation: Review of the State-of-the-Art and Areas of Application. Peretti A et al. JMIR Rehabil Assist Technol 2017;4(2):e7

– Towards a new paradigm in physiotherapy? B.Bonnechère et al. Med Sci 2016, 32 :544-546

 

Microscope, témoignage d’Annick Lestrade cadre MKR CH côte basque et son équipe pluridisciplinaire

Annick Lestrade, cadre MKR CH Côte basque & son équipe pluridisciplinaire (Kinésithérapeutes ergothérapeutes, orthophonistes), exerçant sur le site SSR neurologique, St jean de Luz, dans le Sud-Ouest nous font partager leur vécu et leur expérience.

 

Le télésoin : émergence et perspective d’une nouvelle pratique dans un CH ?

Contexte : c’est un SSR neurologique spécialisé dans les Traumatisés crâniens et neuro lourde, de 22 lits d’HC et 10 lits d’HDJ, à distance du CH MCO, 20 km environ.

Pour nous, le 1er choc a été le vendredi 13 mars où il a été décidé de fermer l’HDJ, d’interdire les visites des familles pour les hospitalisés. L’HDJ a été ré-ouvert fin mai.

Je suis partie d’un recueil de témoignages par profession et aussi d’une patiente pour exprimer les ressentis, les questionnements, les solutions apportées avec leurs limites.

 

Pour les ergothérapeutes Jeanne  et Julie : quel a été votre ressenti au départ ?

Au début, la fermeture de l’HDJ était de 15 jours (comme confinement), à réévaluer, par le médecin début avril. A ce moment là, il y a une concertation entre les 3 ergothérapeutes, en priorisant les derniers sortis de l’HC.

Quelle a été votre démarche, comment êtes-vous arrivé au télésoin ?

« Au début, on ne parlait pas de télésoin. On s’est inspiré d’un EHPAD voisin et on a utilisé différents moyens selon les patients.

D’abord, le contact téléphonique pour rassurer, prendre des nouvelles, même s’ils étaient suivis par la psychologue. Cela permettait également de faire une évaluation des douleurs, des problèmes praxiques, de les stimuler.

 

Ensuite, on a utilisé la vidéo par téléphone (What’s app notamment) car on n’avait pas de tablettes au début. La vidéo a été très importante pour des patients avec des apraxies gestuelles très importantes. Des petites vidéos avec des listings d’exercices à faire avec supports visuels (filmer la séance type « miroir »), matériel nécessaire du jour, exercices montrés pour 2 ou 3 jours. Très souvent, les familles aidaient, en étant partenaires (préparation de la séance, et retour vidéo pour montrer les exercices réalisés).

 

Au retour physique en HDJ, fin mai, les bilans ont montré des régressions notamment au niveau « manipulation fine»mais malgré tout, cela a permis de limiter les déficits. Un point très positif était que ce RDV était très attendu  par les patients ».

 

D’autre part, tous les rééducateurs se concertaient  régulièrement entre eux et avec le médecin pour le suivi des évolutions et organiser la sortie de patients d’HC.

 

Une ergothérapeute, qui aidait au lien social en EHPAD, est allé en VAD pour installer « ZOOM » chez un patient âgé, sorti au début du confinement et qui ne nécessitait plus que de l’orthophonie.

 

La limite : même si cela a été une aide, un appui à la rééducation, cela ne peut pas se substituer à long terme, totalement, surtout en rééducation neurologique chez des cérébrolésés.

 

Pour les orthophonistes Loeiza, Emmanuelle, Julie et Nadège pour elles, l’utilisation a été précoce pour les patients ne nécessitant que de l’orthophonie.

 

NB : il fallait alléger le service pour accueillir des patients du MCO, mais non Covid !!

 

Limites : à cause de la difficulté de faire tout travailler, elles ont priorisé le travail des fonctions exécutives et de l’attentionnel. Le résultat a été meilleur sur le langage que sur le cognitif.Le patient était bilanté avant la sortie et toute la rééducation s’est alors réalisée en visio, par Skype. Pour toutes, les problèmes ont été surtout logistiques : pas assez d’ordinateurs portables au début, problèmes de connexion en fonction de modèles de tablette qui ont été données après, pas de Wi-fi (vieil hôpital qui va être rénové), mais aussi organisationnels : planification des RDV devant être stricte et précise car très chronophage, nécessité de partager les écrans avec les patients (intimité des patients, patients ne voulant pas être vus..), difficultés de réalisation parfois pour le travail écrit/oral, car pas de possibilité d’impression de documents à domicile…

 

Le téléphone, lui, compensait  pour ne pas annuler les séances (rôle motivationnel) et permettait de rester en contact avec les familles des patients, dont certains en état végétatif.

 

Cela a permis une continuité de soins alors que les orthophoniste en libéral ne travaillaient plus, et aussi une transition pour ceux qui devaient aller en libéral après. Egalement, cela a eu un rôle social et pratique (aide à la vie quotidienne !! impôts !! pour certains car il y a eu abandon des services publics!) et cela a été un soutien psychologique ainsi qu’ espace de paroles.

 

Après le déconfinement, à la reprise de HDJ, une orthophoniste a gardé un mode mixte pour des patients qui habitent loin à cause de la fatigue engendrée soit  2 séances hebdomadaires en présentiel et 1 en visio,

 

Mais la reprise de l’HDJ a eu des contraintes : normes d’hygiène drastiques, pas de repas fourni à midi, donc nécessité de jonglage entre les différentes PEC rééducatives.

 

A côté d’elles, je n’oublie pas le rôle de la neuropsychologue, en télétravail car enceinte, qui a poursuivi les prises en charge rééducatives cognitives depuis son domicile.

 

Les 5 kinésithérapeutes (Quitterie, Enara, Itsaso, Diego et Sylvain), ont, eux aussi été très actifs rapidement. Ils se sont adaptés aux patients. Dés le début, le téléphone a été utilisé très régulièrement pour le suivi (moral, conseils, coaching, lien social).

 

En fonction des patients et de leurs attentes: utilisation de mails pour envoyer des programmes d’exercices, des liens (exercices de yoga, de méditation toujours à la demande des patients, certains étant très anxieux) et des videos réalisés par le MK référent dans un but explicatif pour ceux qui avaient des problèmes cognitifs.

 

Limite : cela a permis d’entretenir à la fois les 2 versants physique et moral, mais rien de vaut le présentiel, d’autant plus en rééducation neurologique !

 

J’ai recueilli aussi le témoignage d’une patiente Maïté, très investie dans sa rééducation, qui était déjà en HDJ depuis 3 mois au début du confinement. Elle a repris l’HDJ le 8 juin, alors qu’elle aurait dû commencer en libéral.

 

Maïté : «  Au début : c’était bien, il faisait très beau, je faisais beaucoup de jardinage. Et puis, j’ai trouvé difficile de tout faire seule. Heureusement, j’étais en contact avec l’ergo et l’orthophoniste par téléphone au début, puis après avec Zoom, et avec le Kiné Diego avec des vidéos. J’étais très aidée par mon mari et mon petit-fils mais ce n’était pas pareil. Je faisais les exercices tous les jours ! Je dépérissais. La rééducation me manquait et aussi d’avoir du contact., car j’ai toujours travaillé dans l commerce ».

 

Victime d’un AVC, le télésoin lui a permis de limiter les déficits, en raison de troubles apraxiques.

 

Pour Jaione, psychologue clinicienne :« le Covid a été un choc pour tout le monde ». Elle a été la 1ère à réagir et s’est tout de suite centrée sur « comment continuer les soins », il n’était pas possible d’attendre. Elle a contacté les patients en HDJ, et leur a proposé de poursuivre le travail par téléphone. Sur les 10 qu’elle suivait, 9 acceptent, 1 seul refuse, mais qui déjà n’était plus investi. Pour 2 d’entre eux, cela a été compliqué de ne pas être en face à face. Mais la relation de confiance, elle importante, était déjà là. Elle a conservé le créneau horaire habituel et rajoutait un 2ème RDV quand il y avait une problématique familiale ( petits appartements, couples, enfant jeune..). Au début, que le téléphone puis après, ponctuellement,  avec un ordinateur et ZOOM qu’elle regrette de ne pas avoir eu au début). Les patients se sont adaptés, ont été flexibles. Elle s’est égalment investie auprès des familles : pour faire des « points », pas pour des psychothérapie normalement mais surtout pour « rassurer » sur la PEC et accompagner.

 

Bénéfice : les patients ont exprimé à la fin du confinement que cela avait été d’un grande aide. Cela a permis un travail avec un « cadre » même s’il était différent, il existait.

 

Limites : en psychologie, on ne peut pas mixer les séances en « réel » et en « virtuel », et si une telle situation devait se reproduire, elle est toujours partante mais avec du matériel.

 

Aparté : elle avait créé un document de recommandations, sur hygiène de vie (soins, santé, alimentation, sport…) et un autre avec des techniques de relaxation. Elle a travaillé en permanence avec les rééducateurs, les médecins, y compris le médecin du DIM.

 

Conclusion : pour elle, durant ce confinement, « c’était très positif de venir travailler !! » car elle venait tous les jours d’Espagne où la situation était très difficile à tous points de vue  (gardes d’enfants, vie quotidienne..).

 

En dernier, témoignage de notre médecin MPR Maude, qui m’a répondu en son nom et celui de son collègue Julien.

Maude est le médecin référent de l’HDJ. Pour elle, il y a eu un besoin aigu de rééducation, après les 15 jours d’arrêt du début de confinement. Son idée spontanée, et même idée-force, était de garder le lien avec les patients pour :

-s’assurer de la stabilisation de leur état sans rééducation,

-permettre un suivi à distance avec des consignes hebdomadaires de réalisation d’exercices en kinésithérapie, ergothérapie, et orthophoniste (à la fois cognitif et langage) avec exercices donnés et exercices à récupérer, ainsi qu’ un point par téléphone et mise en place via Zoom, Skype…de séances de rééducation et de suivi psychologique (cf Jaoine),

 

Elle a conservé un staff régulier de concertation pour faire le point entre les différents rééducateurs. Elle a réalisé des consultations téléphoniques pour assurer le suivi des patients.

 

Pour elle, les patients ont été ravis et satisfaits de ne pas être « abandonnés ». Cela a eu pour effet un impact psychologique important, se traduisant par un investissement plus intense  dans leur rééducation.

 

Les freins : « le manque d’expérience et de références, on était dans l’invention ! », également le manque de matériel pour les rééducateurs (informatique) et pour les patients à domicile (rééducation), et au point de vue pratique, le codage des actes trop long à faire.

 

Et si demain, cela se reproduisait : « On  a le matériel, les rééducateurs sont prêts, mais faut que cela reste exceptionnel. La rééducation demande une dualité (kiné, ergo). Cela peut éventuellement être un compromis pour les patients éloignés. Dans tous les cas, c’est inadapté aux nouveaux patients, il faut pouvoir s’adapter à eux et donc cela ne concerne que ceux déjà connus du service MPR».

 

C’était donc un éventail de ressenti, d’expériences que j’ai recueilli et que je j’ai malheureusement raccourci.

Je remercie toute l’équipe et notre patiente- témoin de m’avoir laissé les interviewer avec confiance.

De la téléconsultation au télésoin : émergence et perspective d’une nouvelle pratique en masso kinésithérapie au CHRU de Nancy.

Auteur : Lionel CROCI* CS MK

Collaborateurs : Y. VAUGENOT, ** L. DAUL, E. DARDAINE, E. FLAUS, H. MANGIN, équipe MK du Pôle de Rééducation – CHRU Nancy

Marie-Frédérique FERRY***CSS, Pr J. PAYSANT **** Chef de Pôle et de service du Pôle de Rééducation – CHRU Nancy

Pr F. SIRVEAUX Chef du pôle Lorrain de chirurgie de l’appareil locomoteur – CHRU Nancy

 

INTRODUCTION

La chirurgie ambulatoire se développe de plus en plus depuis plusieurs années. La prise en charge repose sur une organisation structurée à travers un parcours de soin. Cette chirurgie répond à la qualité et sécurité des soins, en respectant un modèle socio-économique.

 

La chirurgie ambulatoire étant vaste, seule la prise en charge en masso-kinésithérapie des arthroscopies d’épaule (réparation des coiffes des rotateurs et acromioplasties) sera relatée.

 

Habituellement pour cette chirurgie, les patients bénéficient d’un protocole d’auto – rééducation réalisé par les kinésithérapeutes (MK) mis en place en pré ou post-opératoire immédiat. Ce protocole a pour but d’assurer la récupération progressive des amplitudes de l’épaule, la diminution des douleurs et des gênes associées aux activités de la vie quotidienne. Le MK présente et explique ce programme le jour de l’intervention tout en s’assurant de la bonne compréhension des consignes, afin de rendre acteur les patients, en vue de les placer en totale autonomie rééducative.

 

Malgré notre expérience clinique et selon l’heure de l’intervention, nous avons pu constater plusieurs difficultés : les patients ne sont pas toujours réceptifs ou en capacité́ de l’être durant la période post-anesthésie, en raison de leur anxiété, de symptômes post-opératoires et/ou post-anesthésiques fréquents (nausée, somnolence, douleur) ; autant de points susceptibles de diminuer leur attention, leur capacité d’intégration et de compréhension. Ces aléas amènent certains patients à recontacter par téléphone (du fait de l’éloignement géographique) les kinésithérapeutes du service d’orthopédie afin de s’assurer de la bonne compréhension des consignes.

 

Pour répondre au mieux aux demandes des patients, le projet de téléconsultation (TLC) se met en place à la demande du chef de service d’orthopédie et de traumatologie. Il souhaite développer ce nouveau projet avec le pôle de rééducation pour répondre à la demande des patients et compléter cette TCL par un BDK nécessaire à sa consultation.

 

La e-santé est définie par l’OMS comme l’ensemble des « services du numérique au service du bien-être de la personne », et « l’utilisation des outils de production, de transmissions, de gestion et de partage d’informations numérisées au bénéfice des pratiques tant médicales que médico-sociales ». La télémédecine, outil contemporain appuyé par la HAS, met en relation un patient avec un ou des professionnels de santé́ tout en évitant les contraintes de temps et/ou d’éloignement géographique. D’après l’article 78 de la loi HPST de 2009, la télémédecine « est une forme de pratique médicale à distance utilisant les technologies de l’information et de la communication ». Elle permet de réaliser des diagnostics, de la prévention chez des patients jugés à risque, de prescrire des actes ou des produits, ou encore de réaliser un suivi post- opératoire. Le télésoin est défini par l’article L6316-2 du Code de la Santé Publique comme « une forme de pratique des soins à distance » qui « permet de mettre en rapport un patient avec un ou plusieurs pharmaciens ou auxiliaires médicaux dans l’exercice de leurs compétences ». Il permet à des professionnels de santé́ tels que des MK de réaliser à distance, des séances « de rééducation de maladies respiratoires » ou encore « de rééducation d’un membre et de sa racine » par exemple, mais également de réaliser des bilans, sans que le patient n’ait à se déplacer mais tout en tenant compte de son environnement et ainsi d’adapter sa prise en charge.

 

Nous avons construit un bilan MK spécifique à la TLC. La réalisation de ce bilan spécifique deviendra une partie du télésoin et sera codé en TLS. Les éléments du bilan MK issus du TLS alimentent les consultations chirurgicales post-opératoires, facilitant le suivi et la continuité́ des soins. Les principaux enjeux de cette démarche sont l’amélioration du suivi de l’autorééducation post-opératoire, le contact avec le patient (rassurer, conforter, conseiller, corriger, réorienter vers un professionnel de santé si nécessaire) : favoriser l’observance.La réforme « Ma santé 2022 » adoptée en 2019 a pour objectif, entre autres, de faire du numérique un atout pour le partage de l’information en santé et l’évolution des pratiques.

 

C’est grâce à une coordination pluridisciplinaire (chirurgien, IDE de parcours et du service ambulatoire, kinésithérapeutes, et secrétariats des pôles de rééducation et locomoteur, administrations) que tous les éléments de la TLC ont vu le jour rapidement, renforçant le lien quotidien et la relation de confiance entre le chirurgien et la rééducation.

 

Pour ce faire, nous devons maitriser l’outil numérique (utilisation de la plateforme de TLC connue des services du CHRU), préparer un bilan adapté au TLS de kinésithérapie destiné à être le fil conducteur de l’appel, et enfin, réaliser les rendez-vous dans des conditions optimales.

 

MATERIEL & METHODE

Le promoteur e-santé retenu par l’institution propose son service de télémédecine. Son logiciel constitue la plateforme de TLC qui est agréée « hébergeur de données de santé », rendant possible cette réalisation concrète des consultations sécurisées et de bonne qualité́ audio-visuelle.

Une formation aux outils numériques utilisés reste indispensable pour une maitrise pratique.

 

Les étapes et points forts de l’organisation de la TLC avant l’intervention sont :

  • Lors de la consultation pré-opératoire, le chirurgien décide de la nature de l’intervention et fixe une date d’intervention. Il propose et explique au patient le protocole sécuritaire de TLC. L’inclusion se fait dès lors où le chirurgien a recueilli son consentement : être âgé de plus de 18 ans, avoir un rendez-vous programmé de chirurgie ambulatoire de l’épaule, avoir donné́ et signé son consentement libre et éclairé́, posséder le matériel numérique nécessaire à la téléconsultation.
  • L’IDE de parcours, informée du recueil du consentement, fixe 2 rendez-vous dans l’outil de planning partagé. Parallèlement, elle informe le secrétariat de rééducation qui retranscrit le RDV dans le planning du logiciel de TLC.
  • Dès lors où le RDV est programmé dans le planning de TLC, un mail de confirmation est automatiquement envoyé au patient, qui contient diverses informations et liens qui vont lui permettre de tester son matériel informatique et ainsi se préparer à la TLC : micro, caméra, connexion internet, éléments techniques nécessaires à la bonne réalisation de la consultation. 5 minutes avant le RDV de TLC, l’envoi automatique d’un second mail « de rappel », identique au 1er, invite le patient à son RDV.

 

Intervention chirurgicale et temps ambulatoire : à l’issue de son opération et de son éducation à la santé à l’hôpital, le MK remet au patient une fiche d’autorééducation résumant les informations dispensées (contre-indications chirurgicales et modalités de réalisation des exercices).

 

A domicile, le patient a besoin d’un ordinateur muni d’une caméra ou d’un smartphone ou d’une tablette offrant une qualité de son et d’image suffisante pour réaliser l’entretien vidéo. Un débit Internet (testé avant le début de la TLC) doit être suffisant. Le patient, installé dans une pièce lumineuse, dégagée et calme, doit être visible de la taille à la tête et assis sans accoudoir. Le praticien a besoin d’un ordinateur muni d’une caméra et du logiciel de TLC, dans un environnement propice à la bonne réalisation des TLC : espace dégagé et lumineux dans un lieu calme, et respect de la confidentialité.

 

Le MK a connaissance du patient s’informe du dossier médical et accueille virtuellement le patient sur la plateforme de TLC. Le MK et le patient, en appel vidéo, peuvent communiquer. Après vérification de l’identitovigilance et présentation du MK, le MK rappelle le déroulement de la TLC. Lors du TLS, le MK reprend le bilan spécifique TLS construit à cet effet. Il est composé de 15 questions réparties en 5 champs distincts : intervention MK le jour de l’hospitalisation (passage du kinésithérapeute, remise de la fiche d’autorééducation), recherche d’informations complémentaires (fréquence d’utilisation de la fiche d’autorééducation, difficultés rencontrées, recherche d’informations complémentaires, intervention d’autres professionnnels)  et complications post-opératoires (fièvre, signes neurologiques sensitifs et/ou moteurs, écoulement de la cicatrice, troubles vasomoteurs), douleur (ordonnance, prise d’antalgiques et efficacité à la sortie de l’établissement, recours à la cryothérapie, évaluation de douleur actuelle, gênes fonctionnelles quotidiennes), immobilisation (consignes d’immobilisation données par le chirurgien et rappelées par le MK, durée et nature de l’appareillage) et utilisation de l’épaule opérée (pratique quotidienne des exercices d’autorééducation, réintégration du membre supérieur opéré dans les activités du quotidien, évaluation fonctionnelle inspirée du score de Constant-Murley).

 

Ce document s’est appuyé sur le questionnaire (validé) américain d’auto-évaluation subjective de capacité fonctionnelle globale DASH (Disability of Arm Shoulder Hand) et sur l’expérience des équipes de rééducation et de chirurgie.

 

L’observation du mouvement permet de décrire son mode d’exécution (actif, actif aidé ou passif). Les sensations lors du mouvement sont analysées, notamment si le mouvement est douloureux (avec indication de la localisation et l’intensité).

 

Le MK conclut la TLC avec le patient en préconisant la conduite à tenir pour la suite de sa prise en charge, la poursuite ou non du protocole d’autorééducation et les modalités.

 

La fin du TLS est marquée par le résumé des principaux éléments mis en avant : le MK tient compte des demandes du patient, reformule et adapte son discours avant de conclure. Seules les informations pertinentes sont retranscrites dans le dossier informatisé du patient, notamment la douleur et l’utilisation de l’épaule opérée, sans oublier les conseils, les remarques et les indications, apportés au patient.

 

RESULTATS / ANALYSE

5 patients ont été inclus au protocole des épaules opérées en ambulatoire avant la crise sanitaire (un patient a été exclu suite à une casse informatique). Aucun des opérés n’a rencontré de difficulté à comprendre les exercices ou les informations de cette fiche, dont l’utilisation a été variable. Pas de contact extérieur, pas de complication depuis leur retour à domicile n’a été constaté.

 

Les observances médicamenteuses (antalgie), physique (cryothérapie) et rééducative (autorééducation quotidienne selon protocole) ont été notées chez tous les patients.

 

L’ensemble des patients a témoigné de douleurs (comprises entre 2 et 4 sur 10 à l’échelle numérique), de gênes dans au moins une ou plusieurs activités du quotidien : habillage, déplacements, toilette, repas, nuit.

 

Seul un patient n’avait pas assimilé les consignes post-opératoires relatives au port de son immobilisation. Le MK a refait le point sur les consignes d’immobilisation et de son sevrage.

 

A l’issue de la TLC, le niveau de satisfaction des patients (intervention MK durant l’hospitalisation et expérience de la TLC) est recueilli simplement au moyen d’une échelle numérique graduée de 0 à 10 : les patients sont très satisfaits (entre 9 et 10), rassurés d’être suivis et demandeurs de nouvelles TLC pour certains.

 

La situation sanitaire liée à la propagation du Covid19 et le confinement populationnel ont eu pour conséquence l’annulation des chirurgies programmées (y compris en ambulatoire), l’absence d’inclusion de nouveaux patients et donc la non poursuite des TLC.

 

Durant cette période de confinement, certains patients ont recontacté ou ont été revus par leur chirurgien. Les résultats rééducatifs n’étaient pas à la hauteur des espérances chirurgicales en l’absence de rééducation en libéral. Ces raisons sanitaires contextuelles nous ont amené à modifier nos pratiques et à adapter notre méthodologie afin de proposer un bilan MK à de nouveaux patients qui n’étaient pas éligibles au protocole originel. Face à de nouveaux besoins et en accord avec le Pôle de Rééducation, le chirurgien a inclus 6 patients hors protocole durant le 2ème trimestre 2020 : PTG (défaut de flexion active et passive du genou) ; suite opératoire d’une exérèse tumorale associée à une allogreffe osseuse, à la pose de vis et d’une plaque ainsi qu’un enclouage centro-médullaire de l’humérus (avec pour conséquence un déficit majeur d’extension du coude) ; réparation de coiffe des rotateurs après rupture massive associée à un transfert d’une partie du grand dorsal ; prothèse inversée d’épaule ; fracture du 1/3 moyen du fémur ; fracture du ¼ inférieur du fémur.

 

Les MK ont vu ces patients entre 2 et 3 fois dans le cadre d’un programme personnalisé d’autorééducation à l’issue d’un bilan MK.

Bien que 100% des patients aient été satisfaits de ce suivi régulier et à distance, nous restons convaincus que les mains du MK ne peuvent pas être remplacées à part entière par l’examen et le traitement par télésoin.

 

DISCUSSION

Une phase de rencontres, préalable indispensable à ce projet, entre responsables médicaux et administratifs, a permis d’établir la faisabilité et la réalisation d’une TLC par un MK dans le cadre d’un suivi chirurgical. Cette pré-phase a permis la consensualité des techniques rééducatives et la création des différents documents spécifiques de rééducation.

 

Les documents destinés au recueil du consentement des patients ont été fournis par le promoteur.

 

La référence et le respect des consignes du tutoriel, ainsi que la formation nous ont été très bénéfiques, évitant les aléas et anticipant les situations anxiogènes du maniement de l’outil informatique et du logiciel.

 

Sereins au cours des RDV, les MK ont pu répondre rapidement à quelques difficultés technologiques rencontrées chez les patients : ralentissement de l’échange et du débit Internet, réactualisation de la page Internet donnant accès à la plateforme de TLC, coupure de l’image momentanée, choix du navigateur.

 

Globalement, l’ensemble des patients a maitrisé les outils informatiques, malgré quelques craintes sur leurs capacités à utiliser correctement l’informatique ou sur la sécurité des données Ces craintes se sont vite estompées après lecture des différents documents mis à leur disposition et suite à la réalisation de la TLC.

 

L’inclusion des patients hors protocole a pris un tout autre chemin : directement par le chirurgien auprès du cadre de rééducation, en phase post-opératoire. Pour obtenir le consentement écrit du patient, nous utilisions la voie postale ou les mails pour les patients pouvant scanner et renvoyer le document signé. Les prises de RDV étaient gérées par le secrétariat de rééducation. A cette occasion, le questionnaire MK de TLC a été modifié afin de répondre au mieux aux besoins des patients. En effet, l’accès au soin de ces patients était rendu difficile en raison de leur situation géographique et du confinement. Nous leur avons permis de débuter une autorééducation dans le respect de leurs consignes chirurgicales post-opératoires.

 

Répondre positivement à cette nouvelle demande chirurgicale a été le moyen de confirmer l’intérêt de cet outil innovant, l’utilité de la masso-kinésithérapie et de renforcer notre expertise dans ce parcours de soins pluridisciplinaires.

 

Profitant de cette période sanitaire si particulière, l’arrêté du 16 avril 2020 a, sous l’impulsion de nos instances représentatives, permis à la kinésithérapie (libérale et salariée) d’accéder à la télémédecine et donc au télésoin.

 

CONCLUSION

L’objectif principal de cette initiative est de compléter et renforcer le parcours de soin du patient.

Les TLC ont été un succès technique par leur bon déroulement, mais surtout humain au profit de patients satisfaits et rassurés. Ce projet a suscité un grand intérêt, au regard de la valorisation récente du télésoin pour les MK dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire.

 

Le contexte pandémique n’a pas freiné la mise en place de la TLC au CHRU de Nancy. Bien au contraire, cela a mis en avant l’intérêt de cette solution pour les professionnels comme pour les patients, à travers les sollicitations dont nous faisons l’objet et les retours positifs des patients.

 

Bien que convaincus de l’utilité pour nos patients, il est difficile d’évaluer objectivement la valeur ajoutée du bilan MK (lors d’une TLC/TLS) au parcours de soin des patients (opérés de l’épaule en ambulatoire, ainsi que les autres), en raison d’un échantillon encore trop restreint.

 

C’est grâce à un véritable partenariat basé sur le dialogue et la confiance entre les Pôles de l’appareil locomoteur et de Rééducation, que ces premières de TLC ont pu voir le jour en toute sérénité et intelligence, renforçant à nouveau l’intérêt de cette pratique au sein du CHRU de Nancy.

 

En route vers une kinésithérapie moderne, le télésoin est arrivé par la publication de l’arrêté du 16 avril 2020 complétant l’arrêté du 23 mars 2020 (10). Le TLS est indispensable pour nos patients, nécessaire pour les professionnels que nous sommes et utile à la Santé Publique.

 

Microscope : Pratiques Avancées

Pratique(s) Avancée(s) : « Diversification de carrière : nouvelle fonction par Pratique(s) Avancée(s) » tel était le titre d’une première enquête express – estivale- en ligne du 20 juillet au 20 septembre. Kinéscope vous livre aujourd’hui quelques chiffres bruts … à poursuivre d’analyser.

 

Au sein de ces quelques données et d’autres à découvrir * quels grades et fonctions pensent plus ceci ou cela, quels champs, disciplines, organes, pathologies …sont priorisés par nos répondants ?? Un travail d’analyse est programmé et de corrélations à faire, et à enrichir avec le concours du groupe de travail  avant de poser des conclusions et des propositions solides.

 

Cependant les grandes tendances recueillies, et les divers échanges au sein du groupe de travail ad hoc,  permettent au bureau du CNKS de conforter les lignes politiques en matière de prospective carrières déjà défendues et proposées à de nombreuses reprises et en de nombreux lieux :
1) il ne peut s’agir de PA en massokinésithérapie
mais plutôt de masseur kinésithérapeute en Pratique avancée
2) les champs et disciplines comme voies d’entrées ne permettraient pas de dégager les éléments de plus-value espérés de la mission, de la fonction,
3) les champs et disciplines risqueraient même de mettre en confrontation les mks de « pratique courante » avec ceux de « pratique avancée » ; et ce d’autant que la majorité des répondants à notre enquête estime qu’il faut se situer au-delà des actes contenus dans le décret ; il convient peut être dès lors de se référer plus à la nouvelle définition de la profession et dépasser même cette dernière pour déterminer un – et idéalement plusieurs – domaine(s) comme voie(s) d’entrée(s)..

 

389 répondants  dont

  • 61,70 % de femmes,
  • 47,81 %  < 40 ans,
  • 68,38 %, mks et 31,62 % de cadres, cadres sup
  • 40,62 % en CHU, 31,11 % en CH, 28,27 % en SSR et  ESPIC
  • 27,51 % dans leur métier > 20 ans
  • 13,11 % Auvergne Rhône Alpes, 12,08 % Nouvelle Aquitaine & Bourgogne Franche Comté et 11,05 % Ile de France
  • 65,55 % titulaires
  • 79,95 % temps plein
  • 82,28 % considèrent le sujet de l’enquête important
  • Et 79,26 % ce sujet est nécessaire ou indispensable [pour la diversification de carrière et l’attractivité de l’exercice salarié],
  • 40,17 % estiment qu’il faut au moins 3 ans d’exercice professionnel préalable et 47,60 % au moins 5 ans,
  • 89,22 % estiment que cela répondrait à une attente de diversification de carrière et 81,03 % seraient intéressés à titre personnel.

 

Futuroscope : réadaptation une globalité d’activités, et une diversité de professions alliées

Le CNKS n’a pas attendu que la loi y incite voire y contraigne pour affirmer dès sa création son intérêt pour l’interprofessionnalité, ses démarches et actions interprofessionnelles (la formation cadre de santé interprofessionnelle, la direction des soins interprofessionnelle, son impulsion et participation à la création de l’UIPARM, …..). Et dans cette démarche il ne suffit pas d’accepter d’être assis autour de la table avec d’autres pour – sur un même sujet – y défendre sa posture corporatiste ; il faut au contraire y rechercher dans l’altérité les convergences, les ressemblances, et même les communautés de savoirs, de connaissances, de pratiques, d’activités, et même d’actes (et ils/elles sont plus nombreu-x-ses que certains ne veulent l’imaginer ou plutôt le craindre) : seule réelle garantie d’une prise en charge coordonnée (par delà la prise en charge globale), d’une collaboration efficace fruit de la coordination des activités et de la coopération des acteurs dans lesquelles la reconnaissance et le respect de l’autre transcendent l’orgueil si ce n’est la vanité démesuré-e-s de chacun-e- au profit d’une ambition commune et gagnant-gagnant tant pour les professionnels que pour les bénéficiaires de nos soins.

 

Le CNKS n’a pas attendu les lois sur le handicap et la dépendance ou sur le grand âge pour prôner une « nouvelle stratégie nationale de la réadaptation » intégrative, inclusive des segmentations rééducation, réadaptation, réinsertion, réhabilitation … dont l’intérêt analytique n’est à nos yeux que de mieux aider à la constitution de la globalité de l’activité de réadaptation ; la seule segmentation efficiente qu’il conviendrait alors de maintenir serait sur les niveaux de recours tout en prenant garde de conserver des liens entre ces différents niveaux et en affirmant leur articulation effective entre le secteur de ville et le secteur d’hospitalisation. Et là encore la nécessité d’une reconnaissance – et donc connaissance préalable – des différentes professions entre elles et de leurs divers métiers.

 

Dans ce cadre KINESCOPE nous emmène à la découverte « des autres » … qu’il convient plutôt de désigner comme « des nôtres », celles et ceux qui avec les kinésithérapeutes – ni plus ni moins – font la READAPTATION.

 

Trombinoscope

A commencer par 2 cadres de rééducation .. ergothérapeute et podologue !

 

C’est Julia Prieur qui ouvre la série : J’ai découvert le Centre Hospitalier de Dieppe, et plus particulièrement le service de rééducation, pendant mes années d’études d’ergothérapeute lors d’un stage. La cohésion et la dynamique de groupe qu’il me semblait exister dans le service m’ont donné envie d’y travailler. C’est pourquoi, un fois mon diplôme obtenu en juin 2011, j’ai postulé pour le poste d’ergothérapeute au sein du service de rééducation du CH de Dieppe.

 

Dans notre service, il y avait un turn-over important, en particulier des kinésithérapeutes et des professeurs d’activités physiques adaptées, et au contraire une stabilité de l’équipe des ergothérapeutes. De ce fait, ma collègue ergothérapeute et moi-même, étions considérées comme des « personnes référentes » de notre service, connaissant son fonctionnement, son évolution..

 

A l’Hôpital, la complexité de l’organisation est liée à la présence d’une multitude de groupes sociaux : administratifs, médecins, paramédicaux, techniques.. De part sa position centrale, le cadre de santé doit apprendre à travailler avec des logiques différentes et s’adapter en permanence (un peu comme le rééducateur avec ses patients). Les services de rééducation ont une position transversale qui leur confère leur particularité. En effet, ces services et les métiers qui les composent sont souvent peu représentés dans les hôpitaux. Ils ne gèrent pas de lits, mais assurent des prestations dans tous les services de l’hôpital.Après 7 ans d’exercice et poussée par ma hiérarchie, j’ai réfléchi à une éventuelle évolution professionnelle : passer d’une fonction de soignant à une fonction d’encadrement. Cela fait maintenant plus d’un an et demi, que j’ai été nommée Faisant Fonction de Cadre de Santé du Service de Rééducation. Une période riche de travail, de rencontres, d’évolution, de réflexions et de prises de recul… Même si ce projet avait été réfléchi et travaillé auparavant, la prise de fonction a été un réel changement professionnel et personnel : la construction d’une nouvelle identité professionnelle dans une organisation hospitalière complexe.

 

Pour permettre aux rééducateurs d’assurer leurs soins de façon efficiente et organiser l’unité afin de répondre à toutes les prescriptions de rééducation, le cadre de rééducation doit créer des réseaux de communication et de coopération avec les services demandeurs. Il doit donc connaitre le milieu de la rééducation et le milieu hospitalier et savoir comment aborder les problématiques de rééducation.

 

L’équipe de rééducation du CH de Dieppe est par définition transversale et pluridisciplinaire mais également, multi-sites et multi-générationnelle. En effet, l’encadrement de rééducation regroupe plusieurs « entités » ; une équipe centralisée sur un plateau technique composée de kinésithérapeutes, d’ergothérapeutes, de professeurs d’activités physiques adaptées et d’aides-soignants ayant un rôle de brancardage et « d’aide kiné » ; une équipe d’ergothérapeutes en psychiatrie ; une équipe institutionnelle de diététiciennes ; une équipe de psychomotriciennes en pédo-psychiatrie sur un autre établissement dépendant du CH Dieppe ; une équipe de rééducateurs en gériatrie dans l’EHPAD du CH Dieppe également externalisé. Cela représente environ 30 personnes qui interviennent dans les différentes unités et dépendent de différents pôles.

 

Depuis 2011, j’ai pu observer une évolution positive de la rééducation au sein de notre établissement. Avec notamment un essor de l’ergothérapie dans tous les secteurs d’activités (rééducation fonctionnelle, psychiatrie, gériatrie) et également le développement du métier de professeur d’activités physiques adaptées.

 

Pour ce qui est de la kinésithérapie, depuis l’arrivée de médecins MPR (Médecine Physique et Réadaptation), il s’est installé une stabilité dans l’équipe avec la création du service spécialisé SSR Neuro-locomoteur et le développement d’un hôpital de jour (HDJ) associé.

 

Le groupement hospitalier de territoire GHT Caux Maritime, dont le CH Dieppe est établissement support, a permis de créer du lien entre les rééducateurs des différents sites parfois isolées dans de plus petits établissements (CHL ou EHPAD). Ainsi, nous échangeons sur nos pratiques, nous partageons des formations, nous participons ensemble à des projets et ainsi nous regroupons nos forces. J’espère pouvoir être encore témoin et même partie prenante du développement de la rééducation au sein de notre GHT, malgré cette période incertaine que nous vivons avec la crise sanitaire. Mon nouveau projet est d’intégrer l’encadrement du service de SSR Neuro-locomoteur avec la gestion du parcours patient, de l’équipe médicale (MPR) et para-médicale tout en gardant la coordination de l’équipe de rééducateurs et ainsi créer une synergie entre service demandeur et service prestataire.

 

et c’est Jennifer Come qui poursuit :

De pédicure-podologue libéral à cadre de santé en hôpital public !

Pédicure-podologue pendant douze ans, j’ai exercé en libéral dès l’obtention de mon diplôme d’Etat. Ce mode d’exercice s’est imposé à moi comme pour 98 % des pédicures-podologues (DRESS 2017). Une expérience rythmée, pleine de projets, qui parfois nous laisse peu de temps pour réaliser un accompagnement complet du patient et qui met souvent à l’épreuve l’équilibre vie professionnelle et personnelle. J’ai donc recherché un moyen d’accéder à une prise en charge globale grâce au travail en équipe pluridisciplinaire. Cette inter-professionnalité est, à mes yeux, indispensable pour atteindre une qualité des soins supérieure. L’hôpital répond parfaitement à cette demande, il regroupe des compétences de tous horizons. J’ai décidé d’entamer, fin 2016, ma reconversion en tant que cadre de santé afin d’ouvrir mes perspectives professionnelles.

 

Une reconversion loin d’être évidente, le parcours du cadre de santé étant relativement linéaire. Majoritairement infirmier de formation initiale, le futur cadre est issu d’un établissement de soins, il est promu en tant que « faisant fonction » de cadre dans un premier temps. Puis, s’il répond aux exigences de l’institution, il obtient le financement de sa formation après réussite au concours d’entrée. Le concours est ouvert à 14 professions paramédicales réparties en 3 filières : soins, médico-technique et rééducation. Selon votre formation initiale vous ne pourrez pas intégrer tous les IFCS. Il vous faudra trouver celui qui possède l’agrément correspondant à votre formation. Mais cela reste possible, le besoin en cadres de santé appuie un décloisonnement du métier d’origine. Les postes vacants en unités de soins seront de plus en plus pourvus par des cadres de filière médico-technique ou rééducateur.

 

Hospitalière dans un établissement public depuis 2 ans, je suis aujourd’hui cadre de santé d’une équipe transversale de rééducation composée de 40 agents, repartis en 6 métiers différents : masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, enseignants en activité physique adapté, ostéopathes, agents de balnéothérapie / brancardage. L’équipe intervient sur l’ensemble de l’établissement des services aigüs aux SSR, de la pédiatrie à la gériatrie. Je gère également la filière ambulatoire (HDJ et HAD) du service de médecine physique et réadaptation, ce qui permet un accès aux multiples modes de prise en charge. Cette organisation propose un vrai parcours de soins : le patient peut être suivi jusqu’à son retour à domicile. Je peux dès lors adapter les réponses rééducatives de façon précise à chaque besoin. Toutes ces missions m’offrent beaucoup d’opportunités en termes de développement de compétences.

 

Issue d’un métier non représenté au sein de l’équipe de rééducation, mais pourtant bien présent dans l’institution, j’ai intégré l’équipe avec un positionnement neutre, sans préférence particulière vers une spécialité. Je devais m’intéresser et découvrir chacun d’entre eux, en toute humilité. Cette nécessité était réciproque, car l’équipe n’avait qu’une idée assez vague des compétences du pédicure-podologue. Nous avons débuté cette expérience commune sur un pied d’égalité. Tous au même niveau, nos échanges sont multiples et riches grâce à l’approche spécifique de chaque métier. L’expérience humaine est aussi étonnante : de nombreux traits de caractère sont représentés, une hétérogénéité complémentaire et enrichissante. Nous ne sommes pas toujours d’accord mais la communication reste omniprésente. La transversalité oblige à développer des liens avec chacun des services afin de répondre précisément à leur besoin et de comprendre leur spécificité. Un lien étroit avec les autres cadres de l’établissement est nécessaire afin d’assurer des prises en charges de qualité et d’assurer l’épanouissement professionnel de l’équipe.

 

Les cadres de l’établissement, et plus particulièrement ceux de pôle auquel je suis rattachée, m’ont bien accueillie. Encore une fois, mon parcours atypique a suscité de nombreuses questions mais aucune réticence. Chaque interlocuteur avait envie de découvrir l’autre. Il arrive maintenant que des collègues répondent à ma place lors de conversations ; « non elle n’est pas infirmière, elle est pédicure-podologue ». Ce métier que j’ai dû défendre pour justifier ma place au sein du parcours de formation des cadres de santé est maintenant défendu par d’autres. Je suis avant tout cadre de santé, je participe aux gardes de week-end, j’ai intégré plusieurs groupes de travail institutionnel, je remplace mes collègues sur des services de soins. J’ai été redéployée sur le pôle gériatrique pendant la 1ere vague Covid 19 afin de gérer un SSR gériatrique, l’HAD polyvalente et les équipes mobiles douleurs et soins palliatifs internes et territoriales.

 

Le sujet de la reconnaissance du cadre hors filière m’a beaucoup questionné pendant toute ma formation cadre : quelle devait être ma légitimité ? Finalement, la formation initiale n’est qu’une caractéristique de notre personnalité de manager. Elle est aujourd’hui un atout. Ma connaissance du secteur libérale facilite les contacts et le partenariat avec la ville. J’anticipe les difficultés que les professionnels libéraux peuvent rencontrer en travaillant en lien avec l’hôpital. Je comprends les craintes des libéraux concernant l’organisation et les délais de mise en place d’un projet. J’ai embauché 3 MK qui ont choisi de cesser leur activité libérale afin d’intégrer le milieu hospitalier. J’ai dû me questionner sur chaque organisation, suivre les professionnels de mon équipe pendant la journée pour découvrir leurs besoins et difficultés. J’avoue ne pas avoir encore trouvé l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle mais je m’épanouis complètement dans ce nouveau métier de cadre de santé

Collège National de la Kinésithérapie Salariée

Villa Justine 1B 26 chemin du Vallon de Toulouse 13009 Marseille.